Témoignages « Musique et Butô »

30 06 2011

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Témoignage de Timon Nicolas, musicien accompagnant la compagnie :

« Les choix musicaux enregistrés émanent des danseurs. La musique a son importance, mais le danseur ne lui est pas soumis. Elle peut accompagner le danseur dans sa démarche, mais peut aussi provoquer, déranger. C’est une combinaison de deux improvisations.

Tous types d’instruments et de voix peuvent accompagner la danse Butô. Ce n’est pas une question de rythme, qu’on est souvent tenté de suivre et donc de subir. Mais toute musique enregistrée, même la valse qui est extrêmement codifiée, peut être détournée et inspirer le danseur autrement.

Je joue essentiellement de la flûte et de la trompette. J’utilise aussi les petites percussions pour agrémenter le mouvement. Je travaille également le son sur ordinateur. L’accompagnement des danseurs est complètement interactif. La trame intentionnelle est connue par le musicien, qui l’utilise à sa manière. Il s’instaure un dialogue. Je peux suivre les mouvements du danseur, ou au contraire les influencer, renforcer la danse ou amener des réactions. Cela nous permet de bousculer les convenances. C’est une question d’échange, de confiance, de créativité et de remise en question en permanence. Cela m’a permis d’enrichir ma pratique. »

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Témoignage de Charlotte, musicienne et chanteuse accompagnant la compagnie :

« (…) Je me suis toujours demandée à quoi ressemblait la musique d’alors (on ne peut pas savoir). Grâce au Butô, je me dis qu’importe la forme de cette musique, le fond est beaucoup plus important. La musique d’alors était forcément authentique et ça suffit. Merci le Butô !

Comment s’inspirer de l’homme préhistorique pour se détacher du corps et de la voix physique et apprivoiser le mouvement/chant authentique

Le corps physique subit notre désir mental de réussite que la société nous martèle dès la maternelle. Quatre carreaux après la marge, inscrivez en lettres majuscules la date du jour, sautez une ligne, sans faire baver l’encre, et écrivez votre nom… On oublie le plaisir du mouvement pour une « fordisation » du geste : le mouvement calculé et pensé pour arriver à nos fins, le mouvement utile dans le sens du bénéfice (et non de l’économie, de la patience et de la survie au sens « Butôïque » du terme).
Dans nos sociétés occidentales trop urbanisées, on ne chante plus en famille, à la veillée etc… Les enfants et surtout les adultes doivent comme acquérir le droit au chant, il faut forcément rentrer dans des codes de beauté musicale et la voix donc ne sort pas et a peur.
Il n’y a rien de pire pour ne pas évoluer que d’avoir peur de chanter faux ou mal. Avec cette épée de Damoclès autour de notre gorge, on recopie la voix des autres plutôt que de trouver la nôtre propre. On n’expérimente plus pour être au plus proche de notre intérieur et au plus loin de notre imagination, du rire ou du jeu.
Il y a la Star-Academy, la star-systémisation du chanteur avec des étoiles qui scintillent autour de lui… On lui offre un disque de platine ou d’or s’il vend un certain nombre pharaonique de disques. Du rêve de réussite, de l’illusion et on applaudit bien fort celui qui accomplit le challenge. On vote pour lui ou on l’élimine, par texto qui plus est.
Ce rapport à l’art, à la musique et à la danse (qui d’abord sont des disciplines qui se doivent d’être authentiques) est selon moi très collé au système capitaliste : écraser les autres, engranger des bénéfices, de la réussite pour une soi-disant survie qui n’est autre qu’un désir de pouvoir qui nous rassure par rapport à notre propre peur, notre propre mort ou déchéance, à notre manque d’espoir et de confiance en la vie. Ce désir d’engranger du matériel, du concret, d’être dans la norme nous rassure aussi par rapport à ce sentiment de survie que l’on ne nous apprend pas à apprivoiser : tout a été construit et échafaudé (depuis l’établissement des dogmes religieux rigides aussi) pour nous rassurer et nous faire oublier le danger réel (pas les terroristes mais plutôt la voiture qui déboule du coin de la rue, le cancer qui nous saute dessus à force de trop fumer, le pot de fleur qui tombe du 6ème). On ne nous apprend pas à nous respecter.
Forcément on est dans ce rapport malsain à nous-même, aux autres et à la société, donc on imagine que tout le monde est comme ça. Et on ne peut pas, on ne sait pas, on ne s’autorise pas à voir la vie autrement.
Cela n’a rien à voir avec la loi de la jungle du monde animal comme certains défenseurs de notre société marchande veulent nous faire croire : « il y a des prédateurs et des victimes dans le monde animal ». Oui, mais dans le monde animal, on voit des hippopotames qui se font squatter le dos par des oiseaux qui se nourrissent de leurs insectes méchants. Les animaux ne s’entretuent pas de cette manière auto-destructive humaine, tout s’autorégule. Et cette star-systémisation, cette codification des mouvements et des voix ou du jeu des instruments dans les arts vivants ne s’inspirent pas du tout d’une recherche d’authenticité émotionnelle et créatrice mais plutôt de cette mise à mort de l’autre au profit de notre réussite.
Réapprendre à chanter en faisant la vaisselle, dans les familles, juste pour le plaisir, pour se découvrir, se retrouver avec nous-mêmes et les autres… En Afrique, dans les villages, les enfants connaissent un nombre infini de chansons qu’ils adaptent aux situations, aux personnes qui s’y adonnent.
Ce serait retrouver quelque chose d’authentique qui nous ramène à l’homme de Cro-Magnon étonné de sa propre voix, en expérimentation perpétuelle, plongé dans un monde de ténèbres qu’il doit apprivoiser et apprendre à aimer. Il crée ses propres codes, il est un perpétuel poète. Un perpétuel chorégraphe. Il remet en doute l’instant, économise ses gestes car il est sans arrêt sur le qui-vive.
Ses moments de danse et de chant sont donc inclus dans sa vie quotidienne, dans son processus intérieur de vie.
Le moment de la scène, de la théâtralité, lorsqu’il offre aux autres sa voix, sa danse est alors un moment sacré que sa communauté respecte car elle est lourde de ressentis. Il ne fait pas ça pour impressionner (ou alors plus pour étonner, amuser et faire vibrer son public), il partage tout en respectant ceux à qui il offre le fruit de ses recherches, découvertes et expérimentations. Il n’a pas non plus à demander aux autres qu’on l’accepte dans leur clan, car il y est déjà inclus (ce qui n’a rien à voir avec les rites de passage…), le sentiment communautaire étant beaucoup plus fort que par chez nous où le chacun chez soi et chacun pour soi est roi.
Je pense que revenir à l’homme préhistorique, penser à ce qu’il vivait est très intéressant pour l’approche du Butô et de la musique authentique. Etre plongé dans un monde que l’on ne connaît pas, que l’on doit apprivoiser, être sans arrêt dans la survie. Mais aussi un monde où seul la faim et le danger de mort nous éloigne d’un état de béatitude : il n’y a pas la télé, le téléphone, les voitures, les bruits non naturels qui nous dérangent. On observe l’air béat le présent et les secondes qui défilent.
Ceci dit, nous sommes tellement dans une société en quête de sensations fortes (voir malsaines) que chercher à s’inspirer de l’homme préhistorique amènerait les gens à pousser des cris et à bouger dans tous les sens comme des sauvages. Les codes, la reproduction, on y revient toujours…
Il y a autant de manières de danser ou chanter l’homme de Cro-Magnon qu’il y a de gens différents sur cette Terre. Comme il y a eu des milliers d’hommes préhistoriques qui ont dû réagir de manière différente à leur environnement.
J’ai toujours adoré les films sur la préhistoire et les premiers hommes ! Maintenant, grâce au Butô, je sais pourquoi. Je me suis toujours demandée à quoi ressemblait la musique d’alors (on ne peut pas savoir). Grâce au Butô, je me dis qu’importe la forme de cette musique, le fond est beaucoup plus important. La musique d’alors était forcément authentique et ça suffit.
Merci le Butô ! »

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Témoignage de Hélène :

« La musique… Le mikado… Les parallélismes entre la relation à la musique et la relation au mikado…
Il se construit une relation avec ce bâton de tous les âges, comme il peut se construire une relation avec la musique…
Écouter la musique, comme on écoute le mikado… C’est la perception du mikado qui nous met en mouvement…
Comme c’est la perception de la musique qui peut insuffler du mouvement, pas la perception au niveau du rythme ou de la mélodie, mais plutôt ce qu’elle insuffle comme supplément d’ âme , comme notre âme, notre intériorité… la capte et se connecte… ce qui passe au-delà de la musique et qui la rend vivante… le vivant dans la musique, comme le vivant dans le mikado… qui réveille la vie, met en mouvement notre intériorité…
Question d’instinct de survie… Avec le mikado, question de survie avec la musique : la musique, elle aussi, elle dit la vie , elle rappelle son précieux, à la partie sensitive de nous-même, comme des mots sans mots….
Comme le mikado devient être, car il se crée une intimité, un entre-deux (j’y vais, j’y vais pas)espace de communication…, le mikado te parle, comme la musique te parle… C’est le mikado qui te met en mouvement…
Un partenaire, compagnon, peut être un ami? avec lequel dans tous les cas, tu empruntes un chemin de respect,
Instinct de protection, de communication… : plus le temps de s’occuper de son corps physique… Et donc il se rend invisible, transparent…c’est ton corps intérieur qui prend sa place d’être et de se danser avec le monde… que les mouvements naturels peuvent apparaître et se donner. Je sens quelque chose, je ne fais que ce que l’autre me permet…
Danser ni plus ni moins… Que l’autre… Je sens quelque chose, avec lequel se crée un contact avec le corps intérieur…. Je ne fais que ce que le corps intérieur permet en réponse à ce qu’il ressent de l’autre, le mikado, la musique, le monde tout entier.
On ne sait pas d’où sort le mouvement, on n’est pas sur le regard social… Il vient d’ailleurs, c’est de cet ailleurs qu’il a toute sa force…
Et il y a quelque chose qui a grandi et continue à grandir… »

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